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Extrait de la préface rédigée pour l'ouvrage d'Eva Golinger
- Code Chavez, CIA contre Venezuela, page 24
http://www.michelcollon.info/commander.php
En 1970, après avoir « brillamment » servi dans la
répression des mouvements anticoloniaux au Kenya, en
Malaisie, à Chypre, le général britannique Kitson est nommé
en Irlande, avec pour mission d’y coordonner la répression.
Cette expérience, il va l’exposer dans un livre
exceptionnel, et très cynique, intitulé « Opérations de
basse intensité – Subversion, insurrection et maintien de la
paix ». Livre publié en 1971 et très vite retiré de la
circulation . Kitson y expose toute sa doctrine de la «
guerre spéciale »…
Kitson, leur père à tous
Tout général qu’il soit, Kitson considère que la répression
militaire et policière classique n’a aucune chance de
réussir sans une « campagne pour gagner les cœurs et les
esprits », qu’il appelle « guerre psychologique stratégique
». Que recouvre ce terme mystérieux ? Cela se clarifie quand
on examine l’ensemble des méthodes prônées, et utilisées,
par Kitson :
- Former tous les cadres importants des ministères (Armée,
Affaires étrangères…) aux techniques de « psy ops »
(manipulations psychologiques de l’opinion).
- Monter de « pseudo-gangs » qui recueilleront un maximum
d’informations. Mais qui, surtout, en menant des « coups »
attribués à l’ennemi, permettront de le discréditer.
- Employer les « forces spéciales » (SAS) pour réaliser des
attentats qui seront attribués à l’ennemi afin d’augmenter
la tension et justifier la répression.
- Créer des diversions, par exemple en provoquant une «
guerre de religions ».
- Fabriquer de faux documents (« black propaganda ») qui
seront attribués à l’ennemi afin de le discréditer.
- Infiltrer des agents, ou recruter des traîtres (par
chantage ou corruption), au sein des organisations de
l’adversaire toujours afin de le discréditer, voire de
provoquer des scissions.
- Militariser l’info de la BBC et y censurer totalement le
point de vue adverse.
- Filtrer l’information à destination de la presse
internationale, et s’y assurer des complicités.
- Fournir des documents photographiques pour influencer
l’opinion.
- Utiliser des journalistes comme espions sur le terrain.
- Utiliser la musique pour attirer des jeunes avec un
message apparemment « dépolitisé ».
- Mettre en place et populariser de faux mouvements «
spontanés », présentés comme neutres et indépendants, en
réalité financés et téléguidés afin de diviser et affaiblir
le soutien au camp adverse.
Ce dernier point est particulièrement important. En Irlande,
Kitson mit en place un « Mouvement pour la Paix », que la
presse internationale présenta comme une initiative «
spontanée », mais qui était en réalité financé par Londres
et Washington. Deux femmes, dont le passé fut soigneusement
caché, furent présentées comme des « citoyennes ordinaires »
et reçurent tous les fonds et la publicité nécessaire pour
se créer une large réputation et diminuer le soutien à
l’IRA. En Irlande même, elles furent, après un an et demi,
démasquées et discréditées, mais pas à l’étranger.
Pseudo-gangs, pseudo-attentats, opérations « psy ops »,
contrôle et manipulation de l’info, faux documents,
infiltration d’agents, recrutement de traîtres, fabrication
de faux « mouvements spontanés ». Toutes ces méthodes
forment un tout : la doctrine Kitson. Que son auteur résume
de la façon suivante :
« La guerre psychologique stratégique poursuit des objectifs
à long terme et principalement politiques. Elle a pour but
de détruire la volonté d’un ennemi ou d’un groupe hostile,
de combattre et de réduire sa capacité à poursuivre la
guerre. Elle peut être dirigée contre le parti politique
dominant dans le pays ennemi, le gouvernement et/ou la
population toute entière (nous soulignons) , ou des éléments
particuliers de cette dernière. Tout cela est planifié et
contrôlé par la plus haute autorité. » (p.101)
Cette citation résume l’essence de la « doctrine Kitson » :
1. L’ennemi n’est pas seulement un adversaire armé. C’est
toute une population.
2. Ce qui est décisif, c’est la « bataille des idées et de
l’information ». Pour la gagner, tous les moyens sont bons.
3. Toute cette bataille est placée sous le commandement
global des autorités politiques et militaires.
Cette doctrine Kitson ne s’applique-t-elle qu’à des
situations d’occupation militaire et de résistance ? Non.
Kitson avertit : « L’armée doit se préoccuper et se préparer
à faire face aux mouvements populaires longtemps avant
qu’ils ne prennent la forme d’un soulèvement violent. »
(p.32)
(...)
La pieuvre à l’oeuvre
Après ses succès en Irlande, la doctrine Kitson devint la
doctrine officielle des services britanniques et
occidentaux, et celle de l’OTAN. On la retrouvera appliquée
dans tous les grands conflits de ces dernières années.
Particulièrement dans les programmes que Washington appelle
« changements de régime » et qu’il faudrait plutôt appeler «
coups d’Etat ».
Extrait de la préface rédigée pour l'ouvrage d'Eva Golinger
- Code Chavez, CIA contre Venezuela, page 24
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